mon chemin : Ralentir la vitesse de l’eau pour être eau-tonome

Depuis Novembre 2018 j’ai débranché mon arrivée d’eau de ville pour ne vivre que sur mes cuves de récupération d’eau de pluie. 2 cuves de 7 mètres cube qui collectent la pluie sur environ 120 mètres carré de toiture. Avec une pluviométrie moyenne (et passée) comprise entre 40 et 60 mm par mètre carré et par mois, l’autonomie est atteignable (pour l’instant) dans ma région. En cas de longue période sans pluie, nous continuons de payer un abonnement à l’eau de ville, on ne sait jamais ! (on a bien fait avec la sécheresse de juin à août 2019, on est repassé un mois sur l’eau de ville…)

L’eau est une denrée vitale, et pourtant après une vie de dépendance totale à un réseau, je ne m’étais jamais intéressé à sa gestion. Il suffit de s’attarder à l’observation de la forêt pour voir une différence radicale de gestion entre ce que fait le monde du vivant, et ce que l’homme moderne fait : le non-humain ralenti la course de l’eau, l’homme l’accélère. Merci à Gildas Véret lors d’un mini stage en forêt de m’avoir permis d’observer cette différence.

Les cuves de récupération sont un élément vital de la conception de la maison et du lieu, elles permettent en plus de tempérer la zone. Mais où et comment pourrions-nous ralentir encore plus la course de l’eau ?

La gestion des eaux grises par phytoépuration est un élément. Outre le fait d’utiliser une approche naturelle au retraitement des eaux grises, les roseaux tempèrent la zone, apportent de l’ombre, coupent du vent, et sont un espace refuge pour insectes. Et après la phyto ? Stockons-la dans une marre qui devient un mini-écosystème ressource et évite de gaspiller cette denrée vitale pour alimenter toute la cour ! Quoi d’autre ?

La phyto, les eaux filtrées se jette dans la marre

Je me mets à chercher toutes les gouttières et morceaux de toiture qui accélèrent l’eau, pour réfléchir à comment ralentir l’eau : je m’emballe un peu sur les cuves pour les relier à la toiture nord et éviter de jeter les eaux de pluie dans le drain, l’envie de créer des zones tampons, petites marres ou petits bassins partout où l’eau se déverse. Et quoi d’autre encore ?

2 cuves de récupération des eaux des toitures situées au nord

Les terrasses que nous avons créé devant la maison de façon très intuitives, m’apparaissent alors comme évidentes. L’eau de pluie s’écoule plus lentement sur une surface plate, évitons donc les trop gros dénivelés ! Créer des terrasses sur une terre assez pauvre (la terre à Moquesouris est principalement argileuse) permet d’éviter l’érosion, donc de favoriser la pousse de plantes, qui elles-mêmes ralentiront encore la course de l’eau, c’est un cercle vertueux que tous les systémiciens apprécieront. C’est tout ?

Les terrasses potager

À bien y réfléchir, je me rends compte que c’est loin d’être tout : arrêter de tondre partout et préférer un jardin punk (en plus d’apprécier sa propre fainéantise) ; utiliser le paillage, la couverture du sol, pour préserver l’humidité et créer des espaces refuges (et ainsi s’éviter d’arroser et continuer d’être un jardinier paresseux) ; faire la vaisselle dans une bassine ; vider l’eau de la machine à laver dans un petit bassin ou dans le jardin (à condition d’utiliser de la lessive non chimique bien sûr) ; reconcevoir complètement le réseau d’évacuation des eaux usées de la maison pour créer des espaces tampons permettant à la fois de réutiliser une eau encore utilisable et de conserver la chaleur de l’eau dans la maison en hiver ; et encore beaucoup d’autres…

Une vue de haut : les terrasses, les cuves, la marre, la phyto, les chemins et espaces punk :c)

À noter que la conception chronologique à Moquesouris n’a pas suivi le déroulement de cet article ;-), ce n’est qu’à mi-parcours que j’ai profondément pris conscience de cette différence radicale. Heureusement pour moi, je n’étais pas seul et Béné avait cette intuition ! Et si je recommençais un nouveau projet, j’irais beaucoup plus loin dans cette logique de ralentir l’eau.

Petit complément sur la potabilisation de l’eau de pluie. Première info : oui c’est tout à fait possible ! L’eau de pluie est plutôt acide et se pollue par l’air et au contact des surfaces. Ce qui explique qu’en ville ce n’est pas une pratique aisée… Mais en campagne, avec des cuves en béton (qui va rendre le ph de l’eau plus basique), des pré-filtres (dans les regards, et en amont des cuves, j’en profite pour remercier Optimeau pour ses conseils) et des post-filtres (à sédiments en premier, à charbon actif ensuite, puis pour terminer la potabilisation filtre en céramique), c’est tout à fait possible (pour en savoir plus je me suis pas mal documenté sur Eautarcie.org) ! Et surtout de meilleure qualité que l’eau du réseau, ie sans calcaire, sans nitrates, sans eau de javel (si si lisez comment est traitée l’eau qui arrive à votre robinet)… Reste que mon réseau est du coup totalement dépendant de la pompe dans mes cuves, et donc de l’électricité… Mais c’est un autre chantier !

mon chemin : Quitter Paris

L’envie de quitter Paris était là avant même d’y arriver. J’y suis resté 13 ans, je m’en étais donné 5 pour le boulot. En Août 2016, de retour d’un voyage de 4 mois en camion, mon envie est devenue limpide : partir à la campagne, tout en continuant mon boulot qui me nourrit dans tous les sens du terme. Quelques recherches sur un site d’annonces, des rdv pris pour des visites en Octobre, et un coup de cœur pour Moquesouris.

Moque Souris 2016

11Ha dont 2 de bois, 800m le long de la Dême, une maison orientée sud-est et une grange. Difficile de résister à l’appel ! Tout est à faire : le passage par les banques, imaginer le projet, se former à la permaculture, lancer les travaux, apprendre les principes de la maison bioclimatique, rencontrer les artisans, faire des choix d’architecture, concilier les travaux sur le lieu et mon travail de consultant… Le 22 mai 2017 j’emménageais sur place dans un garage retapé sommairement en studio. Le 1er décembre 2018 nous emménagions dans la maison, rénovée entièrement mais sans les finitions intérieures.

Notre énergie des 2 premières années est beaucoup passée dans la rénovation de la maison selon les principes de la permaculture et de l’habitat bioclimatique : isolation par l’extérieur, création d’ouverture pour capter la chaleur du soleil, drainage et isolation du sol, chauffage au bois, toilette sèche, triple vitrages, autonomie en eau potable, retraitement des eaux usées par phytoépuration, VMC double flux, éradication du béton et du plâtre, utilisation de matériaux biosourcés et respirants, création d’une marre, etc… Nous avons également pu consacrer un peu de temps à l’observation du lieu et à des expériences de jardinage et faire émerger un design en permaculture.

Moque Souris Design en Permaculture V2

Au gré des inspirations, réflexions et discussions, je partagerais d’autres articles de cette aventure : des zooms, des choix, des étonnements, des énervements, des joies, bref la vie ! À suivre…



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2019
novembre
20Stratégies face à nos addictions – introduction
septembre
143 conseils que j’aurais aimé avoir
juin
25Ralentir la vitesse de l’eau pour être eau-tonome
21Quitter Paris